asphalte

Dès lors ou mon corps a pris contact avec l’asphalte, j’ai tout de suite compris qu’une aventure des plus désagréables allait commencer. Debout dans les secondes qui ont suivi j’étais heureux de mettre un pied devant de l’autre, j’étais sur l’A4 et non au bord du Styx.

Assis contre le terre-plein central à disputer une partie d’échecs contre la douleur dans mon bras gauche, le regard des bonnes âmes de ce monde me faisait comprendre que je ne pourrais pas gagner la partie sans y laisser  une bonne partie de mes rouges soldats. La couche d’un nourrisson empêcha une retraite totale de mon armée.

Mon bourreau m’observait de loin, il avait raté son coup ! Il ne fait aucun doute que si j’étais resté à embrasser le sol, il aurait continué son chemin l’esprit tranquille du travail bien accompli, mais mes reflexes en ont décidé autrement.

Ma monture complètement à l’agonie gisait près de moi, les passants après une longue file d’attente m’observaient, ils étaient probablement déçus par le manque de spectacle qu’offrait mon aventure. Certains, dans le doute de louper quelque chose me demandaient si j’allais bien, d’autres, habitués de ce genre de show s’arrêtaient pour apporter leurs expériences en s’échangent leurs cartes de visite.

Commença le bal des camions et la fin de ma représentation, d’abord le rouge dans lequel ma loge fut aménagée, je pouvais respirer et m’allonger, on m’observait sous toutes les coutures en vantant la bonne qualité de mes textiles qui avait tenu le choc.  C’est là à l’abri des regards que je réalisais ce qu’il venait de m’arriver, la soirée multiplex je pouvais l’oublier.

Arriva le camion bleu, beaucoup moins agréable par nature, des questions, des questions et un petit test d’alcoolémie (0.00), pour vous remercier de votre collaboration.

Enfin arriva le corbillard pour tôle froissée, ma monture était prête à partir et les intermittents baissèrent le rideau. Sous les sirènes, ma loge bougeait dans tous les sens, il faut bien secouer pour que la pulpe ne reste pas en bas.

Allonger sur le brancard mes yeux couraient sur le plafond pour enfin atteindre la salle de suture, après une longue discussion avec la douleur Dr Couture  me désarticula tel un pantin pour anesthésier mon bras. Mis à part les gouttes de sang qui tombaient sur ma main je ne sentais plus rien.

Dr Couture m’expliqua que ma peau était brûlée a cause du goudron, et qu’il ferait de son mieux pour que j’ai une belle cicatrice de guerre, dix points de suture plus tard mon samedi soir la face presque contre terre s’acheva.

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